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5 questions à Chloé Jarry « Des livres ovnis qu’on n’imagine même pas »

12 octobre 2010 ·

 Interview : Chloé Jarry est fondatrice du Book’Lab et nous livre son analyse et ses rêves concernant les ebooks.

Pourquoi le Book’Lab ?

C.J. : Le Book’Lab est un éditeur-packager (puisque nous travaillons à la fois sur nos propres projets et pour des éditeurs traditionnels qui évoluent vers le numérique), où des profils très différents (auteurs, scénaristes, réalisateurs, graphistes, game-developers, sound-designers, réalisateurs… ) travaillent ensemble pour expérimenter de nouvelles formes de livres: nouvelles formes de narration, nouvelles façons d’écrire, avec un seul but, proposer au jeune lectorat de nouvelles façons de lire.
La création du Book’Lab s’est faite dans un contexte d’innovation, bien sûr, mais presque d’anticipation, où le marché du livre numérique enrichi (que j’oppose donc définitivement aux livres numérisés, simple version numérique d’un livre papier) n’en est qu’à ses balbutiements, tant au niveau des ventes, que de la création. Le Book’Lab est donc en quelque sorte un laboratoire de création d’une nouvelle forme de livres.

Pouvez-vous nous décrire ces nouveaux concepts d’ouvrages ?

C.J.: Au sein du Book’Lab, nous réfléchissons à de nouveaux concepts de livres numériques enrichis, en utilisant les nouvelles technologies bien entendu, mais aussi les codes narratifs, le mélange de médias, l’utilisation des réseaux sociaux dans lesquels baignent notre public cible : les jeunes et les enfants. L’idée est également de créer de nouveaux liens avec les d’autres univers médiatiques : les notions de cross-média ou transmédia sont au cœur de notre démarche.

Cela peut être un livre adapté d’un dessin animé, qui intègre au fil des pages des scènes d’animation, extraites du format d’origine. On mêle alors une narration écrite et une narration animée, où l’enfant peut retrouver la voix ou la musique des personnages qu’il aime dans la série.

Pour les plus grands, les ados, nous travaillons aussi sur un projet de collection qui mêle le documentaire et la fiction, la fiction étant livrée sous forme écrite, la partie documentaire intégrant des liens vers des sites internet, sélectionnés et contrôlés par l’auteur, qui s’ouvrent dans l’interface de lecture. Le blog du personnage principal permet également de mêler intimement les deux univers.

 Quel serait le ebook de vos rêves ?

C.J.: Dans un ebook, comme dans un livre papier, ce qui compte avant tout, c’est l’histoire racontée par son auteur, et la forme que prend ce récit. Mais ce qui compte plus que tout, c’est l’accueil que lui fait le public. L’ebook enrichi de mes rêves serait donc celui qui arriverait, par la puissance de son histoire, à réunir des talents, pour emporter ses lecteurs

                                                                                                                                                                        

Comment envisagez-vous le marché du ebook dans 3 ans?

C.J. : J’imagine qu’il faut regarder le marché américain d’aujourd’hui, et tenter de le retranscrire dans le paysage français dans 3 ans : 10 à 15% des ventes en numérique, de nouvelles habitudes de lecture pour certains, et encore plus de sorties de livres papier… Mais j’espère surtout qu’on aura vu de belles œuvres à paraître sur Ipad ou les autres tablettes numériques, pour influencer de jeunes auteurs et les motiver à créer des ovnis, tellement ovnis qu’on n’imagine même pas aujourd’hui à quoi cela pourrait ressembler…

Quels sont vos 3 arguments chocs pour convaincre un éditeur, un auteur de passer au numérique ? 

C.J.: Pour le moment, je n’ai pas eu besoin d’user d’arguments chocs pour convaincre un auteur de passer au numérique, les auteurs avec qui nous travaillons ne sont pas des auteurs « papier », mais des gens qui ont conçu leurs projets pour le numérique, dès l’origine.
Pour les éditeurs, c’est une autre histoire : ce qui les arrête pour le moment sont les coûts de développement, assez élevés, surtout pour un marché à peine émergent. Une des approches que nous étudions aujourd’hui est le partage des risques, et la recherche de sponsors. Pour créer ce marché, il faut créer une offre, innovante et excitante.
De très jolis ouvrages enrichis commencent à apparaître sur le marché américain, qui les traduisent en français eux-même. Ce serait dommage de laisser ce marché aux acteurs du jeu ou aux anglo-saxons. Les éditeurs français ont vraiment leur place à défendre.

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