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Plaidoyer pour l’autoédition : Pourquoi l’édition classique est en train de dépérir ?

8 décembre 2014 ·

Daniel-Ichbiah chronique IDBOOXAprès plus de 20 ans de succès dans l’édition traditionnelle, je vais peut-être arrêter définitivement de collaborer avec des éditeurs classiques. A une ou deux exceptions près.

Le constat est grave : l’édition classique n’a pour l’essentiel, rien compris au film qui est en train de se dérouler. Ils sont pour la plupart largués, et franchement largués. Bien évidemment, cela ne se voit pas encore, mais la tendance ne va pas dans leur sens.

La vérité, c’est que le monde a changé, depuis une dizaine d’années environ. Nous avons tout simplement changé de civilisation. Comme à l’époque où le monde est passé de la civilisation agricole à la civilisation industrielle. Pour le meilleur ou le pire, de nouvelles organisations du travail et de la société sont nées. Il y a eu à l’époque des gens qui ont su saisir les nouvelles opportunités et d’autres qui ont été balayés.
C’est ce qui est en train d’arriver en ce moment. Nous sommes entrés dans la civilisation Internet. Or, un grand nombre d’éditeurs ne l’ont pas compris et continuent donc de travailler à l’ancienne. Qui en pâtit le plus ? Les auteurs !…

Un auteur peut se retrouver dépendant d’un éditeur qui ne fait RIEN pour vendre le livre sur lequel il a bossé durant des mois ou années. Un auteur peut aussi se retrouver prisonnier, dans l’incapacité de récupérer aisément une œuvre qu’il a créé, que l’éditeur ne vend pas et qui donc ne lui rapporte rien.

Vous avez dit Best-seller ?

Je me présente brièvement. Mon premier best-seller est sorti en 1995, ‘Bill Gates et la saga de Microsoft’. A l’époque, j’ai profité à grande échelle de la notoriété qu’avait soudain acquise Bill Gates en devenant l’homme le plus riche des USA puis du monde. En réalité, le livre avait été publié des années plus tôt par Marabout et n’avait pas eu de succès.

D’une certaine façon, cet épisode était déjà représentatif d’une certaine faille du monde de l’édition. Lorsque j’ai vu que Bill Gates commençait à faire la Une du Point, de Capital et autres médias, j’ai appelé Marabout en disant qu’il fallait à tout prix le re-publier. De guerre lasse, le PDG de Marabout m’a rendu intégralement les droits. Or, dès que le livre est ressorti chez Pocket, il s’est classé dans le Top 10 des ventes de l’époque.

Soit dit en passant, j’ai eu un autre bel exemple de la prescience de certains éditeurs. Lorsque, à l’époque, j’étais allé voir Daniel Ichbiah Bill GatesFillipachi Editions pour leur proposer la bio de Bill Gates, le gars avait répondu :
– Ça ne marchera jamais !
Après le succès du Bill Gates (publié dans une douzaine de pays du monde), je suis retourné le voir pour proposer La Saga des Jeux Vidéo. Il m’a alors dit :
– Ça ne marchera jamais !
– C’est ce que vous m’aviez dit pour Bill Gates, qui est depuis devenu un succès énorme, lui ai-je alors répondu.
– Bill Gates ? C’était certain que cela allait marcher, m’a-t-il alors rétorqué, sûr de son fait.

Passons. La Saga des Jeux Vidéo est devenu un énorme succès, un livre qui continue de se vendre année après année. Depuis 2009, il a été republié par un tout petit éditeur, Pix’n Love qui a la chance de faire partie de la génération Web et donc, il fonctionne super bien.

Pour faire bref, j’ai connu d’autres grands succès dans l’édition classique, notamment avec une méthode de solfège publiée chez Librio et qui a du se vendre aux alentours de 100 000 exemplaires, et continue d’être un gros succès et Les 4 vies de Steve Jobs, publié chez Leduc, un éditeur exemplaire, et qui a été n°1 des ventes fin août 2011.

Daniel Ichbiah les chansons des Rolling Stones

Prendre ses distances avec l’édition classique 

Alors pourquoi ai-je envie de prendre mes distances ? Parce que le monde a changé et que la plupart ne l’ont simplement pas réalisé. Depuis février 2012, je vends des livres en auto-édition sur Kindle, iBooks, Google Play, Fnac Kobo… Et cela m’a ouvert les yeux. Cette activité marche super bien. Et donne une autre idée du monde de l’édition.

OK, l’auto-édition nous montre aussi le revers du métier et soyons honnêtes : un auteur doit travailler dur pour transformer ses livres en ebook, se faire accepter sur les sites de ventes, faire lui-même sa promotion… Cela peut prendre un temps énorme. On réalise aussi que certains livres, quoi que l’on fasse, ne trouvent pas leur public et qu’on pouvait accuser les éditeurs classiques pour rien.

Toutefois, la réalité est très largement en faveur de l’auto-édition. J’ai essentiellement placé sur Kindle et autres des livres qui ‘dormaient’. Des livres qui avaient été publiés et qu’un éditeur avait pu cesser de publier. L’un d’eux, ‘Rock Vibrations’ était sorti fin 2003 et avait connu une carrière ultra-brève. Il raconte pourtant l’histoire de gros hits comme ‘Satisfaction’, ‘Stairway to heaven’, ‘Paris s’éveille’… Depuis, je l’avais proposé à divers éditeurs, estimant qu’il avait encore toutes ses chances et personne n’avait voulu l’éditer. Depuis que je l’ai mis en auto-publication, il semble se vendre tout seul. Il a été n°1 des ventes Musique durant des mois et des mois et remonte régulièrement à cette position.

Rock vib

Le 14 juin dernier, je suis monté n°1 des ventes avec un nouveau  livre auto-publié sur les Rolling Stones, suite à leur passage à Paris. N°1 en auto-publication. J’avais pourtant déjà un livre sur ce même groupe, un livre sorti chez un éditeur classique en 2006. Seulement voilà, cet éditeur ne daignait pas le réimprimer ! C’est cela, l’édition classique. Le pire, c’est que le livre que j’ai toujours chez cet éditeur et qui dort, je ne peux même pas le récupérer. Les contrats sont ainsi faits qu’il faudrait envoyer une lettre recommandée et attendre un an. J’ai donc un livre sur les Stones qui ne me rapporte rien et qui dort chez un éditeur qui ne le réimprime pas (en réalité, j’en ai des tas de livres comme cela !).

Là n’est pas tout. Cet été, j’ai sorti un livre chez un éditeur classique, qui, en dépit des réserves que je lui apportais, a voulu le sortir le 10 juillet 2014. Il a tout de même insisté. Or, l’attaché de presse de cette édition est parti en vacances le 10 juillet et du coup, nous avons eu zéro retombée au niveau presse ! Voilà à quoi cela tient la carrière d’un livre.

J’ai sorti un autre livre chez ce même éditeur à l’ancienne en septembre et à nouveau, il n’obtient aucune retombée presse. Cette fois, la raison est autre : pour la rentrée, cet éditeur lance une centaine de livres en même temps. On peut comprendre que l’attaché de presse ait peu de temps à consacrer au mien… Tout de même, quel gâchis ! Et quelle frustration pour les auteurs qui ont pu bosser durant des mois pour un résultat quasi nul et un livre auquel on ne donne pas vraiment ses chances.

 Ma vie d’auteur indépendant

Pour mes livres auto-édités, je gère la promotion moi-même et cela occasionne parfois des dépenses (pas excessives), mais le résultat est là. Comme on peut le voir sur mon blog, j’obtiens des interviews et des retombées média presque chaque semaine lorsque j’opère en solo sur mes œuvres en auto-édition.

Il existe des outils extraordinaires pour se faire connaître aujourd’hui avec le Web. Google, Facebook, Twitter, Amazon et bien d’autres offrent de tas de solutions et il y en a aussi d’autres, moins connues mais fort efficaces que j’ai dénichées au fil de mes recherches – comme je l’ai dit, cela prend beaucoup de temps. Le souci, c’est que la plupart des éditeurs ignorent ces outils et probablement n’auraient pas l’idée de les utiliser car ils sortent complètement de leur façon d’opérer à l’ancienne.

Un dernier détail : j’ai proposé à l’éditeur précité qu’il me rende les droits numériques afin que je prenne en main la promotion moi-même. Il a refusé. Nous avons donc un livre qui ne se vend pas, qui n’obtient pas de promotion et un éditeur sûr de son fait qui refuse une opportunité qui lui est offerte.

Réveillez-vous, le monde a changé ! 

Voilà donc la situation. D’un côté l’édition classique où généralement, un livre écrit en 2012 sort en 2013 et ne rapporte peut-être des royalties qu’en 2014 avant de dormir, inexploité. De l’autre, l’auto-édition où l’on est maître à bord et où l’on touche des revenus tous les mois car les boîtes comme Amazon ou Google payent rubis sur l’ongle et vendent dans le monde entier.
Donc si j’avais un message à faire passer aux éditeurs, ce serait le suivant : réveillez-vous ! Le monde a changé. La nouvelle génération a pour réflexe le Web, l’iPad, les smartphones, le Kindle… Elle va chercher elle-même l’information. Et quoi qu’on puisse penser, elle achète sur ces médias !

Alors bon, plus cela va, et plus j’ai envie de laisser tomber l’ancien modèle pour favoriser le nouveau. En tout cas, une chose est sûre : si je signe à nouveau un contrat avec un éditeur classique, je conserve l’intégralité des droits numériques…

Daniel Ichbiah

D. Ichbiah interviendra mensuellement sur IDBOOX et délivrera des chroniques et des billets d’humeur sur le livre, le High-Tech et la vie du Web.

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