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Tribune libre – Livre numérique : Saint ePub, priez pour nous !

3 décembre 2013 ·

Nicolas Morin tribune libre IDBOOXJ’ai rencontré un certain nombre d’éditeurs ces derniers temps et parlé de formats de livres numériques avec eux. J’ai aussi écouté, au sein de la communauté des gens qui s’intéressent à l’édition et à l’informatique, les débats autour des ebooks et du web et aussi, dans une moindre mesure, des apps.

Tous les éditeurs que j’ai rencontrés le répètent à l’envi, c’est comme un credo : epub est « la voie ».
Epub, disent-ils, est ouvert. Ce dont nous avons besoin non seulement car l’ouverture est un bienfait en tant que telle, mais aussi pour briser l’utilisation par Amazon de son format fermé, mobi. Ouvert, epub est aussi interopérable : il est très important que les clients qui ont acheté un livre sur la plateforme A puissent y accéder aussi sur la plateforme B. Non seulement, à nouveau, parce que l’interopérabilité est bonne en elle-même, mais aussi parce qu’il est malsain de laisser un seul acteur capturer ainsi indéfiniment la valeur d’un client.

Les partisans du web

Pour une minorité, les ebooks vont évoluer d’epub2 à epub3, qui a plus de fonctionnalités de type web, et ce n’est qu’une étape vers le web en général. Qui, d’ailleurs, est ouvert et interopérable. Ces évolutions illustrent la porosité croissante des frontières entre le livre et le web, et le livre s’écoulera lentement, mais naturellement dans le grand océan du web. Certains billets de Walrus Books (voir par exemple « le livre numérique comme une porte et une clé ») expliquent très bien cette position des « partisans du web » :

« Notre conception du livre — et a fortiori du livre numérique — se base sur le fait que nous appliquons la notion d’objet à un fichier informatique. (…) Je suis convaincu que le fichier .epub est, à plus ou moins court terme, voué à disparaître — ou plutôt, si l’on veut être exact avec les mots, à se dissoudre dans le web comme un morceau de sucre dans du café. »

Comment les éditeurs vont gagner leur vie dans ce modèle, personne ne le sait vraiment. Mais d’une certaine façon c’est une question secondaire, parce que, revenus ou pas, éditeurs ou pas, cela va arriver.

Et les apps ?

Pour ce qui me concerne, ces derniers mois j’ai fait des livres sous forme d’apps (allez-y elles sont super !). Et quand je parle de livres-apps à des éditeurs, leur réaction est plus ou moins celle-ci :

« Oh mon Dieu, Saint Epub, le problème de ces apps-qui-ne-sont-pas-des-epubs, dont vous me parlez, principalement, le problème c’est qu’il ne s’agit pas d’epubs, n’est-ce pas ? Ce sont des apps, et donc : elles ne sont pas ouvertes ; elles ne sont pas interopérables ; les libraires n’y ont pas accès ; je ne sais pas vraiment vendre ces objets, et vous savez dans ces « stores » il y des gens qui vendent des jeux, et le prix des apps c’est juste ridicule… »

Je paraphrase très légèrement, mais je pense que vous avez compris. Et en dépit de ma présentation humoristique, je ne prends certainement pas ces remarques à la légère : certaines n’ont pas encore de réponse claire et représentent de vrais challenges.
En même temps, en creux je pense que ces réactions nous aident à mieux comprendre leurs motivations à l’égard d’epub.

IDBOOX_Ebooks_ePub logo

Pourquoi epub?

Ce n’est pas principalement l’ouverture et l’interopérabilité qui comptent. Ce que les éditeurs aiment dans epub, me semble-t-il, c’est qu’il s’agit de la meilleure solution qu’ils ont trouvée jusqu’à présent pour répliquer, dans l’univers numérique, la chaîne du livre actuelle, libraires inclus.
Mais je pense que cet amour exclusif d’epub aux dépens du web et des apps pose trois problèmes.

Epub est fermé… sur lui-même

Epub a des limitations techniques importantes. Prenez un epub à propos de la flore du pacifique sud. Vous voulez en partager une photo sur Pinterest ? Même si vous avez l’application pinterest installée sur la même tablette que votre application de lecture, vous ne pouvez pas le faire simplement. Votre livre est, très largement, fermé sur lui-même. Si vous êtes sur une liseuse, ce n’est pas réellement un problème, mais sur une tablette, ou un smartphone, cela n’a pas de sens, me semble-t-il, d’ignorer le reste des apps qui sont sur le device. Et c’est certainement ironique, pour un format ouvert et interopérable.

Epub, ce n’est pas de l’innovation

Je pense que le dogme de l’epub se méprend aussi sur ce que c’est que l’innovation. Des avancées technologiques qui ne remettent pas en cause votre modèle économique, comme epub, sont des gains de productivité. C’est très important, mais ce n’est pas de l’innovation. Epub renforce, de fait, le statu quo au sein des métiers du livre, mais ne protège en rien des innovations qui pourraient advenir de l’autre côté de la frontière (et déborder de ce côté).

L’utilisateur se moque des formats

Ce qui l’intéresse sans doute beaucoup plus, ce sont le contenu, la facilité d’accès aux contenus, et de savoir si la forme (ergonomie, fonctionnalités, etc.) correspond aux contenus.
Le livre, comme idée, n’a pas besoin d’un format particulier. S’il y a un début, un milieu, une fin, et qu’il n’y a pas de mises à jour significatives du contenu après publication initiale, c’est sans doute un livre. On pourrait certainement faire un site web qui respecte ces contraintes. Ou une app. Certains livres ont plus de sens en epub, d’autres en site web, d’autres encore en app. Ou dans les trois formats.

Si vraiment nous prétendons mettre le lecteur et la simplicité au premier plan, nous devons être agnostiques à ce sujet. Un éditeur, qui fait du papier, doit certainement, en numérique, continuer à faire du epub2, et du epub3 quand le format sera prêt, mais il devrait aussi faire du web et des apps. Non pas 1000 epubs pour un site web ou une app prétexte, mais investir autant dans le web et les apps que dans epub.


Contribution de Nicolas Morin
: il  a géré les services informatiques de plusieurs bibliothèques universitaires pendant 10 ans, puis a co-fondé une Société de Services en Logiciels Libres dans ce secteur. Il se consacre aujourd’hui à l’édition numérique, comme éditeur avec Citronours , comme prestataire de service avec Kplusn

 

Catégories : Infos Ebooks

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