Numérique : Le droit d’auteur pour les photographes de presse en question
15 novembre 2012 ·

Presse_numerique_IDBOOXL’association PAJ (Photographes – Auteurs – Journalistes) sous le parrainage de la sénatrice Marie-Christine Blandin a organisé le 14 novembre 2012 le premier colloque concernant les photographes à l’ère du numérique. Intitulé «Révolution numérique : droit et solutions pour la photographie », cette demi-journée était consacrée à dresser le bilan de la profession et à proposer des solutions, notamment sur le droit d’auteur.
Ainsi, reporters, juristes, politiques se sont exprimés.

Les constats

Premier constat, en 10 ans les revenus des photographes ont été divisés par 7 ce qui est un désastre soulève le PAJ.
Second constat, la photo est le domaine le plus pillé sur le Net.
3ème constat les organes de presse papier qui achètent des photographies aux professionnels les rémunèrent pour la publication des images dans les supports papier mais ne le font quasiment jamais lorsque les mêmes contenus sont portés sur le Web.
4ème constat, les organes de presse perçoivent 350 millions d’euros par an au titre de l’aide de l’Etat sans reverser un centime aux photographes indépendants, pourtant ils utilisent leurs travaux.
5ème constat, avec les outils dont disposent les citoyens, smartphones, tablettes etc., les organes de presse ont tendance à privilégier ce genre de photos « gratuites » plutôt que de choisir les clichés réalisés par les photographes professionnels.
6ème constat, les médias papier qui proposent une rétribution pour la réutilisation des photographies sur un support Web chiffrent celles-ci à hauteur de 10% de la rémunération effective dans le quotidien ou magazine. La question qui se pose alors, quid de cette rémunération si le média décide de passer au tout numérique ?
7ème constat, l’arrivée massive d’entreprises de   « microstock » du type Fotolia dénature le métier de photographe.

Amorces de propositions

Parmi les différents intervenants Laurent Joffrin, Directeur du Nouvel Obs a notamment déclaré : « Il y a une surproduction  de photographies et naturellement le cours s’effondre, c’est comme les choux fleurs  […] Le blocage des prix nous arrange, on a plus de choses à montrer mais la qualité est plus basse […] la panade des photographes va se retourner contre nous, mais pour le moment, nous avons une logique de court terme ».

Concernant le piratage ou l’utilisation abusive des photographies Me Julie Rodrigue a fait savoir qu’il y avait plusieurs moyens de se protéger en utilisant la loi ; il y a le droit d’auteur bien entendu mais également le droit à la paternité d’une œuvre, le droit de repentir et le droit au Nom. Pour l’avocate, le droit Français est l’un des plus aboutis pour la protection des auteurs.

Jacques Toubon, ancien ministre de la culture, souhaite, quant à lui pour les photographes de presse une autorité de régulation qui s’occuperait des contenus, un peu comme la télévision a son CSA. Il espère que la Mission Lescure optera pour cette idée, tout en soulignant que cela ne passera pas forcément par un concept à la Hadopi.

A ce propos, l’association PAJ a été reçue par la mission Culture acte 2 pilotée par Pierre Lescure (lire notre article) et a proposé que 10% du budget de l’aide de l’Etat consacré aux organes de presse soit reversé aux photographes.
Mario Fourmy de PAJ précise : « Ces 10% , ne seraient pas reversés directement aux photographes (producteurs de contenus) mais en négociant avec les groupes de presse qui s’engageraient, vis-à-vis du ministère de la Culture via la DGMIC, à passer des commandes à des auteurs photographes, des collectifs de photographes ou des agences. Relancer la production afin de remonter le courant qui dirige les journaux vers un ou deux tuyaux pour s’approvisionner. Il faut que les titres soient conscients de la baisse globale de la qualité des photographies utilisées et redonnent une lisibilité à ceux qui donnent un sens au contenu. Que ces 10% prennent en compte ceux qui sont sur le terrain pour illustrer notre démocratie afin d’alimenter ceux qui restent dans les rédactions et qui profitent déjà largement des aides de l’Etat. »

Mais parmi toutes les propositions faites lors de ce colloque, il y en a une, toute simple, qui a été énoncée par Patrick Robert, grand reporter. Ce journaliste qui est dans le métier depuis plus de 20 ans a fait la proposition suivante : A partir du moment où un média publie un article en utilisant les photos d’un professionnel celui-ci pourrait être rémunéré au nombre de clics sur l’article. Aujourd’hui il est facile de mesurer combien de clics a reçu un article, ce serait une sorte de rémunération au CPC bien connue dans le milieu du web marketing.

Le sujet reste ouvert et PAJ attend beaucoup des propositions qui seront faites par Pierre Lescure et son équipe.
L’intégralité de ces échanges sera publiée sur le site PAJ dans les jours prochains.

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