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“Ciao Bella” de Serena Giuliano : du blog au roman, et du rire aux larmes

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Certes, une communauté bienveillante suit Serena Giuliano sur les réseaux sociaux et via son blog, mais le succès de son livre a dépassé la sphère de ses abonnés, et l’autrice (notons qu’avec la féminisation de ce terme, c’est le même mot en italien et en français !) mérite d’être considérée comme une véritable écrivaine. 

Dès son premier roman, elle révèle un don tout à fait rare et exquis : celui de nous faire rire sans retenue un lundi matin dans un métro bondé, et de nous faire monter les larmes aux yeux dix pages, ou quelques stations plus loin.

Serena, Anna, non importa : portrait de toutes les femmes

En lisant “Ciao Bella”, pas de filtre sur nos émotions. On se laisse porter dans cette vague de spontanéité et de sincérité extrêmement touchantes que fait déferler Anna. Qu’importe à quel point ce personnage est le miroir de Serena Giuliano, Anna se livre avec une sincérité généreuse et, se faisant, nous invite à baisser la garde, et à nous réconcilier avec nous-mêmes. “Nous”, les lectrices, que nous soyons françaises, italiennes, mamans ou allergiques à l’idée de le devenir, anxieuses par intermittence ou étiquetées comme franchement névrosées…

Mais comment Anna parvient-elle à faire de nous notre plus belle complice ? C’est parce qu’en racontant à la première personne les chamboulements de son personnage (le départ de l’Italie à douze ans, le traumatisme de sa première grossesse, les souvenirs d’une enfance pas toujours ensoleillée…), Serena Giuliano parle à la première personne du pluriel. “Je” renvoie à tous ces instants où petites filles, jeunes femmes et femmes doutent, puis se révèlent. Ce roman inspire une confiance nouvelle, nous rappelant toutes celles que nous pouvons devenir et rencontrer au cours d’une vie.

Anna nous raconte les anecdotes et grands bouleversements de sa vie avec des couleurs franches, à l’image de sa personnalité, et des tonalités du roman. Face à cette peinture aux teintes vives, chacune peut se retrouver, c’est-à-dire se reconnaître et trouver de nouveau celle qu’elle est, sans artifice. Le message qu’on y décèle est lumineux : s’accepter, et toujours essayer, en gardant à l’esprit cette phrase truculente et rassurante d’Anna : “je crois que les gens bizarres sont finalement les plus drôles.”

Français, italien, napolitain : le trilinguisme des émotions

Anna vient d’un petit village près de Naples. Pardon, Napoli. Enfin, Napule. Ses origines méditerranéennes s’entendent à travers ce livre car oui, ils donnent une musique toute particulière au texte. On entend bel et bien le rire, la voix qui tremble, et parfois le ton qui monte. Le titre italien ou napolitain de chaque chapitre donne le la (Magia, Orrore, Fortuna…). Titre que l’on retrouve en VO sur la page de gauche, et en VF sur la page de droite ! Comme si, dans ce roman composé tel un journal intime (diaro del cuore, littéralement, un agenda du cœur), la langue d’origine et celle d’adoption était en miroir, et se complétaient l’une l’autre.

La palette de ses sentiments, Anna l’exprime en ponctuant ses phrases de tournures ou d’expressions italiennes, échos de son enfance et de sa nonna, personnage qu’on imagine en véritable mamma, ange gardien au fort caractère ! Nous pourrions parfois regretter que les échanges (souvent houleux) avec son père ne soient pas transcrits tels quels et traduits dans la foulée. Mais Anna, comme Serena, tient à écrire en français, étape qui symbolise pour elles une victoire personnelle dans l’apprentissage de cette langue. Et en choisissant de partager certains mots en italien plutôt que d’autres, ces derniers n’en ont que plus de valeur… sentimentale.

Pour exemple, retenons le bel idiome ti voglio bene (littéralement : je vous veux du bien), qu’Anna-Serena adresse à ses amies au lieu des “je t’aime” ou “je t’adore”. Il traduit véritablement ce que la narratrice-autrice ressent pour ses proches, dont la romancière et blogueuse Virginie Grimaldi, citée dans ce livre. Ti voglio bene, ce n’est pas seulement un témoignage d’affection, ou d’un attachement profond, c’est surtout le souhait, gratuit et altruiste, de voir la personne qui nous est chère saisir le meilleur de ce que la vie puisse offrir, et participer à son bonheur. C’est une formule magique qui scelle les liens, à l’instar de ces petits mots simples, comme des ingrédients secrets : di nonna, a mamma

Lasciatemi [amare] : ne vous excusez plus d’être passionnelles

Ses amours et ses angoisses, Anna les ressent intensément. Vivant ses sentiments de manière extrême, son bourreau, elle l’avoue, c’est elle. Mais au lieu de chercher à tout prix à devenir une personne aseptisée, la narratrice apprend à se pardonner et à s’autoriser des shots de légèreté. Ce travail sur soi, Anna ne l’accomplit pas seule, mais avec sa psychologue, Elisabeth, ou Lizy puisqu’il est fréquent en Italie de désigner un proche par un surnom. Anna est d’ailleurs appelée, dans son village natal, Annarè (avec l’accent tonique là où il faut !). Les dialogues avec la psychologue sont sans doute les passages les plus drôles de ce livre, car pendant les séances, son franc-parler et son autodérision sont aussi perchés que les villages de la côte amalfitaine ! Voyez plutôt la splendide couverture du livre, illustrée par Stéphane Levallois…

La lecture de ce roman nous débarrasse d’une culpabilité mal placée, quand nous nous excusons à tort et à travers de ne pas répondre à des normes, alors qu’aucune femme n’a finalement de comptes à rendre. Un exemple frappant dans ce livre est l’épisode de l’enfant malade : c’est la mère qui est systématiquement appelée, et non le père. En révélant cette évidence, Anna reçoit des commentaires qui mettent en doute son amour maternel. Parce qu’une femme ne fait pas ce que la société attend d’elle, son dévouement est remis en question ? Pour notre plus grand bien, Anna remet les pendules à l’heure et affirme, toujours avec un trait d’esprit, qu’on peut aimer la cuisine italienne sans savoir cuisiner, aimer ses enfants en oubliant le sac de piscine… Bref que nous aimons, avec nos imperfections et nos contradictions, et que nous devons en retour être aimées comme telles.

Le tropisme pour l’Italie incarne à lui-seul la personnalité d’Anna : elle doit retourner dans son pays aussi souvent que possible, revoir la mer, se réchauffer au soleil. Elle doit revenir en gardant sa cuisine, ses expressions et ses traditions… Il en va de même pour les gens qu’elle aime : la vague Anna les emporte avec elle, qu’importe les distances et les aléas. Une belle leçon, non moralisatrice, sur l’amour de soi et des autres, qui rend possible la bella vita !

Bravo pour ce premier roman, bravo per il questo primo romanzo !

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Chronique de Justine Souque