IA générative que pensent les auteurs ? Craintes, défis et objectifs

Basé sur les conclusions du rapport du Minderoo Centre for Technology and Democracy, cet article explore les craintes, les défis économiques et les recommandations politiques face à l’essor de l’ IA générative dans le monde du livre.

L’étude nous vient de Grande Bretagne mais concerne tous les auteurs et les éditeurs.

L’industrie du livre au Royaume-Uni se trouve à l’aube d’un changement irréversible en raison de l’IA générative.

ia générative generique intelligence artificielle

Bien que le gouvernement britannique se concentre souvent sur les gains de productivité de l’IA, le rapport souligne la nécessité de considérer pleinement son impact potentiellement préjudiciable sur les romanciers, les éditeurs, et le roman en tant que forme d’art et produit culturel.

Vous trouverez ici les grandes tendances de ce rapport complet.

Une adoption réticente, sauf pour les tâches « Non-Créatives »

Malgré le bruit médiatique, l’adoption de l’IA par les créateurs littéraires reste limitée.

Résistance morale : La majorité des professionnels (67 % des romanciers, 66 % des agents littéraires) déclarent ne jamais utiliser l’IA générative. Cette réticence est largement motivée par des considérations morales et environnementales, ainsi que par une perception négative de l’utilisation de l’IA pour des tâches dites « créatives ».

Contestation des Données : Une partie des créatifs n’est pas opposée à l’IA en soi, mais critique vivement les systèmes entraînés à partir de données non licenciées.

Usages spécifiques : Les romanciers qui utilisent l’IA (environ 33 %) le font principalement pour des tâches non-créatives, comme la recherche d’informations, plutôt que pour la génération de texte littéraire.

Impacts économiques et craintes de déplacement

L’impact sur les revenus des auteurs est déjà tangible, et l’inquiétude pour l’avenir se généralise.

Revenus en baisse. Plus d’un tiers (39 %) des romanciers ont déjà vu leurs revenus affectés négativement par l’IA générative. Cela est attribué à la concurrence des livres générés par l’IA et à la perte de petits emplois complémentaires qui fournissaient des flux de revenus secondaires.

Peur du remplacement. 85 % des romanciers pensent que leur revenu futur sera impacté. Plus alarmant encore, 51 % des romanciers publiés estiment que l’IA est susceptible de déplacer entièrement leur travail.

Vulnérabilité des genres. Les genres littéraires sont perçus comme inégalement menacés. La romance (66 %), le thriller (61 %) et le roman policier (60 %) sont considérés comme les genres les plus exposés, tandis que la littérature générale n’est perçue comme « extrêmement menacée » que par 32 % des créatifs.

IA Les risques sociaux et littéraires

Les professionnels craignent des conséquences profondes sur la nature même de la littérature et la relation entre auteur et lecteur.

Perte de l’originalité. L’usage accru de l’IA pourrait entraîner une homogénéisation du contenu, du style et du langage des romans. Certains prévoient cependant une montée de la fiction expérimentale pour s’opposer au style « IA ».

Destruction de la confiance. L’opacité autour de l’utilisation de l’IA par les auteurs menace le lien de confiance entre écrivains et lecteurs, et pourrait semer la méfiance au sein de l’industrie (craintes de fausses accusations d’utilisation d’IA).

Biais et stéréotypes.  Bien que l’IA puisse offrir des opportunités d’accessibilité, les participants s’inquiètent de la perpétuation de stéréotypes problématiques et de la discrimination inhérente aux données d’entraînement biaisées.

La question cruciale du droit d’auteur : Opt-in vs. Opt-out

Le contrôle des données est la principale priorité des auteurs, qui rejettent massivement le modèle actuel.

Utilisation non autorisée : 59 % des romanciers déclarent que leur travail a été utilisé pour entraîner des modèles d’IA sans leur permission ni rémunération.

Rejet du modèle « Opt-out » : Le système de « réserve de droits » (où l’auteur doit activement se désengager) est largement rejeté par 83 %. Ils appellent à un modèle d’ »Opt-in » (l’IA doit demander la permission).

Plaidoyer pour la Licence : 86% des sondés préfèrent un marché de la licence. Dans ce cadre, les créatifs pourraient donner leur permission, conserver le contrôle et être rémunérés.
Près de la moitié des romanciers (48 %) souhaitent que cette négociation soit menée collectivement par le biais de syndicats d’écrivains.

Recommandations Politiques Clés

Le rapport formule des recommandations claires pour la politique britannique, axées sur la protection du droit d’auteur et l’éducation.

Favoriser un marché de licences : Le gouvernement doit renforcer le droit d’auteur et créer un marché de licences équitable et accessible, et non mettre en œuvre de nouvelles exceptions ou le modèle d’opt-out.

Transparence et rémunération juste : Exiger des entreprises une transparence détaillée sur leurs données d’entraînement. Garantir une juste rémunération des créatifs pour l’utilisation de leur travail.

Encourager la création sans IA : Intégrer la lecture et l’écriture créative sans IA dans les programmes scolaires. Rrenforcer les compétences critiques sur l’IA chez les enfants.

Financer la diversité : Augmenter le financement des initiatives d’écriture créative et des éditeurs indépendants. Encourager les voix uniques et sous-représentées. Objectif : contrer le risque d’homogénéité lié à l’IA.

Enfin, le rapport insiste sur le fait le roman est bien plus qu’une forme d’art. Il est la base d’un secteur créatif florissant et un élément essentiel de notre culture et de nos vies. Il est primordial de légiférer pour s’assurer que les créateurs restent au cœur de la valeur littéraire, même à l’ère de l’IA.

Nos articles sur IA et droit d’auteurs sont ici.

Le rapport complet est là

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Retour en haut