Ebooks : Accord Google Editeurs, réactions de professionnels

14 juin 2012 ·

ebook-generique-printempsGoogle, le Syndicat National de l’Edition (SNE) et la Société des Gens de Lettres (SGDL) ont annoncé la fin de leurs contentieux sur la numérisation et l’indexation des livres qui les opposent depuis 6 ans (lire nos articles). La satisfaction semble de mise du côté des 3 parties. Mais qu’en est-il réellement sur le sentiment des auteurs et des éditeurs ?
Nous avons interrogé bon nombre de professionnels sur le sujet, peu d’entre eux se sentaient à même de répondre ou estimaient ne pas maitriser suffisamment le dossier pour commenter. D’autres ont accepté notre invitation et nous livrent leur sentiment souvent mitigés sur ces accords.

Nicolas Ancion Auteur : « Je ne fais pas partie de ceux qui voient ces deux accords comme de bonnes nouvelles. Comme bien des auteurs, j’ai l’impression que ces négociations entre Google et une association professionnelle (celle des éditeurs) à l’abri du regard indiscret des associations d’auteurs (représentées au CPE, par exemple) s’est faite sur le dos des auteurs, pour tenter de maintenir dans le monde de l’édition numérique les rapports de force déséquilibrés qui existent dans l’édition papier. En clair, pour sous-payer les auteurs.
Ce qui me chagrine le plus, c’est que plus la SGDL justifie sa position et les raisons pour lesquelles elle a passé un accord avec Google, plus on comprend qu’il n’y a pas eu de négociation sur quoi que ce soit, simplement un accord financier pour mettre fin à un conflit, une transaction donc, qui n’apportera rien aux auteurs mais financera une base de données pour une société de gestion de droits, ce qui n’a, au final, aucun intérêt pour nous, auteurs, qui devons certainement un jour ou l’autre alimenter cette nouvelle usine à gaz avec la description complète de tous nos ouvrages édités et le résumé des contrats signés qui s’y rapportent… »

Stéphane Derville Editeur aux Editions Maxima : « Maxima a signé avec Google dès novembre 2005 un contrat dont les termes ont été âprement discutés, pour autoriser Google à rendre disponible un certain % de contenu de chacun des titres pour lesquels Maxima l’autorisait explicitement à le faire. Cet accord a été scrupuleusement respecté, et j’ai bien entendu accepté de le prolonger par un avenant qui autorise désormais Google à commercialiser les fichiers numériques que je lui confie.
Pour une maison d’édition comme la mienne, c’est-à-dire jeune (20 ans) et publiant des ouvrages susceptibles assez vite d’obsolescence (droit pratique, société, économie, fiscalité…) les enjeux (et les risques) sont évidemment incomparables avec ceux qui sont liés à des maisons prestigieuses de littérature générale. C’est aussi la raison pour laquelle j’ai fait le choix d’ouvrir largement mon catalogue à tous les acteurs de la diffusion numérique (d’Amazon à Cyberlibris, en passant par Numilog, Editis, Immatériel, Apple et bien évidemment Google, sans compter nombre d’autres acteurs moins importants), dans la plupart des formats (pdf, ePub…) et toujours sans DRM ; parfois même en produisant des versions numériques enrichies de vidéos ou des versions numériques spéciales (abrégées et vendues au tiers du prix de la version papier).
Ce choix reflète non seulement ma volonté d’ouvrir mon catalogue à des lecteurs qui privilégieraient la lecture numérique à la lecture sur papier, mais il participe également d’un constat : l’existence de versions numériques favorise la possibilité d’une communication abondante via les réseaux sociaux… qui entraîne encore aujourd’hui bien plus souvent l’achat d’une version papier plutôt que celle d’une version numérique.
Par ailleurs, les textes que je publie ne sont guère susceptibles de se trouver victimes d’un piratage massif, ce qui me permet d’être assez serein sur cet aspect de la question (une sérénité dont ne jouissent pas forcément les éditeurs de littérature générale, et certainement pas ceux qui publient des auteurs à succès…)

Je reste convaincu que mon métier est essentiellement lié au contenu des ouvrages que je publie (ce qu’un éditeur de beaux livres ne dirait pas forcément), pas à la forme (papier ou autre) sous laquelle ce contenu parvient au lecteur. Je surveille donc l’évolution des techniques et je m’adapte dans le souci de servir au mieux le maximum de lecteurs.»

Benoit de La Bourdonnaye, directeur de la librairie d’ebooks Didactibook et DG de la maison « La Bourdonnaye – Édition numérique » :
Sur le plan de la valorisation et la promotion de l’offre numérique française (du côté consommateur), l’accord est une bonne chose, il permettra de rendre accessibles des œuvres qui ne l’étaient pas.
Sur le plan des éditeurs, j’imagine qu’ils feront de grosses économies en laissant à Google le soin de numériser tout ou parties de leur offre épuisée. Quel sera le réel prix à payer ? Quelles sont les réelles intentions de Google ? L’avenir nous le dira… Ce qui est certain, c’est qu’une fois les œuvres numérisées, le processus sera irréversible pour les éditeurs et Google disposera d’un pouvoir de négociation fort à leur encontre. Comment Google l’utilisera-t-il ??? Je pense, pour ma part, que l’enjeu de la numérisation de l’offre culturelle française doit rester un enjeu national financé par l’Etat français et les professionnels français et francophones du secteur. Le patrimoine culturel d’un pays est un enjeu stratégique qu’il est nécessaire de maîtriser, et ce, à tous les échelons. Sans tomber forcément dans la théorie du complot, il paraît évident que Google joue un rôle pour son pays d’origine qui dépasse largement les frontières du simple moteur de recherche initial couplé à son écosystème sympathique… Quels intérêts directs et indirects à court et moyen terme Google peut-il avoir de contrôler une partie du patrimoine français ? Intérêts financiers ? Ce n’est pas avec la vente d’oeuvres épuisées sous droits que Google va rentabiliser son affaire ??? Alors quels intérêts ? Une analyse fine de ces questions a-t-elle été effectuée par nos élites avant de prendre leur décision, rien n’est moins sûr…
Bon, c’est toujours mieux vous me direz que d’être en contentieux avec un Google qui avait amorcé ce travail de numérisation de manière illégale ??? La question est : le fait d’avoir amorcer un processus de numérisation illégal a-t-il joué en faveur de la négociation ultérieure de Google ?? Dans le sens : Puisqu’on a déjà fait la moitié du boulot de manière illégale, pourquoi ne ferions-nous pas l’autre moitié de manière légale ?? Vous ne voulez tout de même pas que l’on jette à la poubelle tout le travail de numérisation déjà effectué ? Autant que vous en bénéficiez, chers éditeurs :-) – une excellente préparation à la négociation cela dit !!!
Dommage que nous ne soyons pas encore capables en FRANCE d’avoir notre Google et une véritable politique sur ce type d’enjeu éminemment stratégique… »

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