Le Festival du Livre de Paris ouvre ses portes vendredi. Pour l’occasion nous avons voulu prendre des nouvelles de Filéas.
Cette plateforme promet de faciliter l’accès aux données de vente pour les auteurs, éditeurs et diffuseurs. Elle est gratuite pour les écrivains. C’est une belle avancée. (Comment ça marche ? Lire nos articles sur le sujet).

Où en sommes nous un an après le lancement ? Quelles sont les avancées ? Harriet Seegmuller, directrice de Filéas vous dit tout !
Combien d’auteurs adhèrent aujourd’hui à Filéas ? Quel est votre objectif chiffré ?
Un an après le lancement de Filéas, nous comptons plus de 8 000 auteurs inscrits, c’est un beau succès !
Ce qui nous réjouit, c’est la diversité des profils inscrits : auteurs, traducteurs, coloristes, illustrateurs… tous peuvent bénéficier d’un accès gratuit sur le service.
Quant à notre objectif : difficile d’évaluer combien d’auteurs sont éligibles à la création d’un compte sur la plateforme.
Notre ambition est évidemment de voir le nombre d’auteurs inscrits continuer à croître et surtout que la plateforme leur soit utile.
Nous organisons régulièrement, en collaboration avec des organisations d’auteurs ou des agences régionales du livre, des webinaires d’information afin que les auteurs soient non seulement avertis de l’existence de Filéas mais aussi qu’ils puissent se familiariser avec notre outil d’information.
Filéas propose désormais une double lecture : les extrapolations de NielsenIQ BookData (ex GfK) et les ventes réelles en ‘sorties de caisse’. Comment ces deux sources de données vont-elles cohabiter dans le quotidien ?
Jusqu’ici, la plateforme permettait de consulter les chiffres de ventes hebdomadaires fournis par le panéliste NielsenIQ BookData.
Ces chiffres offrent une estimation générale des ventes physiques d’un livre au niveau national, sur un large panel de points de ventes (grandes enseignes culturelles, GSA, libraires et acteurs de la vente en ligne font partie du panel).
Dès l’origine du projet, nous avions prévu d’enrichir ce premier volet avec des chiffres de vente quotidien et réels, collectés directement auprès du réseau des libraires partenaires de Filéas.
Ces deux sources de données sont complémentaires pour l’utilisateur : elles proposent un éclairage différent sur les ventes et permettent de mieux appréhender leur dynamique.
En pratique sur le site, l’usager peut naviguer simplement d’une offre à l’autre pour consulter les indicateurs de son choix. Nous veillons à expliquer le plus clairement possible les spécificités et les différences de ces deux offres afin que chacun puisse interpréter les données en fonction de ses besoins, la typologie de son catalogue et ses réseaux de vente habituels.
Le passage d’une vision hebdomadaire à une vision quotidienne est un saut majeur. En quoi cette réactivité au jour le jour change-t-elle la donne pour la gestion des réimpressions ou le pilotage des campagnes marketing ?
Filéas est une société à mission : l’une des raisons d’être du projet est de contribuer à une plus grande efficacité de gestion de la filière livre, dans une perspective de réactivité et d’éco-responsabilité.
Concrètement, l’intérêt de tous les acteurs est de pouvoir se doter d’outils leur permettant de calibrer au plus juste les tirages initiaux et de gagner en réactivité sur les réimpressions. De ce point de vue, l’offre quotidienne Filéas est novatrice car elle permet, même sur un périmètre limité de libraires, de savoir très vite comment démarre un livre, et, s’il y a lieu, d’agir pour éviter les ruptures.
Le dispositif démarre avec 700 libraires volontaires. Quels sont les arguments clés pour convaincre d’autres points de vente de rejoindre ce réseau et d’enrichir la précision de l’outil ?
Filéas est un dispositif interprofessionnel et collectif qui repose sur une coopération entre tous les acteurs de la chaîne du livre.
Cela s’illustre d’ailleurs dans son organisation : les représentants des auteurs, des libraires et des éditeurs sont présents dans le conseil d’administration de la société. L’objectif est de construire un outil, qui favorise la transparence et la circulation de l’information pour toute la filière.
Pour constituer notre réseau initial de 700 points de vente, nous avons pu compter sur le soutien du SLF (Observatoire de la librairie), de l’ADELC (Datalib) et de la librairie Mollat.
Afin de garantir une information aussi complète et représentative nous souhaitons que ce réseau s’enrichisse. L’enjeu est de permettre aux libraires de partager leurs données dans des conditions simples, sans que cela ne les impacte (en termes de temps et de coûts).
Concrètement, c’est Dilicom, tiers de confiance technique du projet qui a la charge – une fois que le libraire nous a donné son accord – de collecter les ventes auprès des SSII qui gèrent les logiciels de caisse. Dilicom agrège ensuite les données et les transmet de manière anonymisée à Filéas, sous la forme d’un chiffre global de vente par ISBN : ni Filéas, ni ses utilisateurs n’ont accès aux données détaillées par point de vente.
En contrepartie du partage de leurs données, nous proposons aux libraires différentes offres : certaines sont d’ores et déjà disponibles, d’autres sont en cours de développement. Nous invitons l’ensemble des libraires intéressés à se rapprocher de nous afin d’identifier, avec eux, les solutions les plus adaptées à leurs besoins.
Vous avez intégré ces nouvelles données directement dans l’interface existante avec un basculement ‘en un clic’. Quelle importance accordez-vous à la simplicité de lecture de ces chiffres complexes pour les utilisateurs ?
L’expérience utilisateur est au cœur du projet. Nous nous adressons à des profils très différents — auteurs, éditeurs — qui n’ont ni les mêmes usages, ni les mêmes attentes vis-à-vis de la donnée.
Filéas – Plus de 8000 auteurs présents sur la plateforme, interview point d’étape !
Dès la conception du site, nous avons mené des ateliers avec ces différents utilisateurs afin de bien comprendre leurs besoins. L’enjeu était de proposer une interface de datavisualisation simple et intuitive, sans complexifier l’accès à l’information.
Tous les retours que nous avons jusqu’à présent, de la part des auteurs comme des éditeurs, sont très positifs. Filéas semble avoir réussi son pari de rendre compréhensible et lisible ces données.
L’équipe est par ailleurs toujours disponible pour répondre aux questions si une explication est nécessaire.

L’intégration des ventes numériques est prévue prochainement. À terme, l’objectif de Filéas est-il de devenir le tableau de bord unique et universel pour piloter l’ensemble des formats d’un catalogue ?
L’intégration des ventes numériques s’inscrit dans la continuité du projet, avec l’objectif d’offrir une vision la plus complète possible des ventes, tous formats confondus.
Notre ambition n’est pas de devenir un outil unique. Nous nous inscrivons plutôt dans une logique de complémentarité : il s’agit de donner accès à l’information à des acteurs qui en étaient jusqu’ici éloignés, tout en améliorant la connaissance des ventes grâce à l’intégration de nouvelles sources de données (comme les chiffres de ventes quotidiens issus des librairies indépendantes par exemple).
Vous mentionnez l’arrivée d’indicateurs complémentaires pour améliorer l’efficacité environnementale de la filière. Comment la donnée peut-elle concrètement aider à réduire le taux de ‘pilon’ (livres détruits) ou optimiser les flux logistiques ?
Il est encore trop tôt pour répondre à cette question car nous ne pouvons pas mesurer l’impact du projet à ce stade, mais nous aurons l’occasion d’en reparler bientôt !




