Dans sa nouvelle étude intitulée « Les librairies indépendantes sur la corde raide », réalisée pour le Syndicat de la Librairie Française, Xerfi dresse un bilan sans concession de la situation financière de ces établissements.
Cette étude est à rapprocher de celle du CNL sur les ouvertures et fermetures des librairies. Voir ici.

Si les librairies indépendantes font preuve d’une certaine résilience, elles sortent indéniablement affaiblies de la période post-Covid.
Un marché du livre imprimé en recul en 2025
Dans un contexte économique contraint, le marché des livres imprimés neufs en France s’est contracté en 2025. Il affiche une baisse de 2,5 % en volume.
En valeur, le repli a été plus amorti (-1,5 %). La hausse du prix moyen fixée par les éditeurs a compensé la baisse du nombre d’exemplaires vendus.
Le marché s’est ainsi établi à environ 3,9 Md€. Ce recul s’explique par le tassement de la littérature générale et le ralentissement des moteurs historiques du secteur ( BD et manga), qui avaient fortement soutenu la croissance les années précédentes.
Des hausses de prix modérées
Sous l’effet du ralentissement global de l’inflation, les prix du livre n’ont progressé que de +1,2 % en 2025. Les dynamiques varient selon les segments.
-Littérature générale : +1,6 % (la plus forte hausse, portée par la revalorisation du format poche)
-Livres scolaires : +1,3 %
-Dictionnaires et encyclopédies : +0,7 %
-Livres numériques : +0,5 %
A noter que depuis 2016, le prix des livres a augmenté près de deux fois moins vite que l’inflation générale. Cela traduit les fortes pressions pour contenir les prix sur un marché en repli.
Un parc de magasins qui se stabilise
Malgré les difficultés de l’exercice, la profession continue d’attirer. Le nombre de librairies employant au moins un salarié, qui déclinait entre 2010 et 2018, est reparti à la hausse en 2019. Il tend à se stabiliser depuis 2022.
Une récente étude du SLF et du ministère de la Culture indique que le réseau compte au total un peu plus de 3 300 librairies. Près d’un millier (1 000) sont tenues par un gérant unique, sans aucun salarié.
Une concurrence dominée par les grandes surfaces
Xerfi segmente le marché du livre imprimé en valeur en 2025 (données Kantar) à travers quatre grands circuits de distribution.
Les grandes surfaces culturelles (Fnac, Cultura, etc.), occupent la première place avec 30 % des parts de marché, profitant de zones à forte affluence et d’un modèle hybride (magasins physiques diversifiés et plateformes web).
Les librairies indépendantes ou de réseau captent près de 26 % du marché. Ce chiffre intègre les kiosques-papeteries (comme La Maison de la Presse – Groupe NAP) ainsi que les librairies en propre des éditeurs (Madrigall, Albin Michel…).
Les sites e-commerce, menés par Amazon (deuxième détaillant de livres en France derrière la Fnac). Ils totalisaient 20 % des ventes en 2025, portés par une offre exhaustive et la rapidité de livraison.
Les grandes surfaces alimentaires concentrent 17 % du marché avec une offre plus restreinte, focalisée sur les best-sellers.
Une santé financière critique et des perspectives sombres
L’année 2025 a vu la rentabilité des grandes librairies continuer de s’éroder, pénalisée par l’alourdissement des frais de personnel.
Le taux de résultat net s’est quant à lui stabilisé pour les petites et moyennes structures. Il demeure néanmoins, extrêmement faible pour l’ensemble des acteurs.
Ce taux s’élevait à peine au-dessus de 1 % du CA pour les grandes et petites librairies en 2025, et chutait à 0,8 % pour les structures de taille intermédiaire.
Le secteur figure ainsi parmi les commerces de détail les moins rentables, juste devant les fleuristes et les magasins de chaussures, mais très loin derrière la bijouterie, la maroquinerie ou la parfumerie.
Et la suite ? Des scénarios inquiétants
Pour la période 2026-2027, Xerfi envisage trois scénarios économiques inquiétants.
-Scénario de croissance à 2 % par an : Les librairies parviendraient globalement à maîtriser l’inflation de leurs coûts.
-Un scénario de stabilisation du chiffre d’affaires : Les performances d’exploitation chuteraient à un niveau historiquement très bas.
-Scénario du pire (baisse de l’activité sur deux ans). L’ensemble des structures basculerait dans le rouge, enregistrant des pertes d’exploitation comprises entre 2,5 % et 3 % de leur chiffre d’affaires selon leur taille.
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