La librairie ne va pas bien, chiffres à l’appui

Pour les Rencontres nationales de la librairie à Rennes , le CNL publie son dernier bilan démographique.

Après plusieurs années d’un dynamisme exceptionnel, le secteur enregistre en 2025, et pour la première fois de l’histoire de ce suivi, un solde net négatif entre ouvertures et fermetures.

librairie générique Porto

Un coup d’arrêt brutal pour la création

L’année 2025 marque la fin de l’élan post-crise sanitaireet confirme le ralentissement amorcé en 2024. Le nombre de créations s’est effondré de 38 % en un an. Il passe de de 135 ouvertures en 2024 à seulement 83 en 2025. Ce volume représente un quasi-division par deux par rapport aux années records du secteur.

Ce recul touche principalement les structures spécialisées. Les librairies généralistes concentrent désormais plus de 4 ouvertures sur 5. Sur le plan géographique, les projets continuent de cibler les petites municipalités. En effet, 56 % des créations ont eu lieu dans des communes de moins de 15 000 habitants et 71 % dans celles de moins de 30 000 habitants.

À l’inverse, les villes moyennes subissent un désamour marqué, avec moins de 10 ouvertures constatées (un chiffre divisé par trois en un an).
Seulement 20 % des créations se situent dans les métropoles de plus de 100 000 habitants.

Des fermetures stabilisées mais préoccupantes

Alors que la période 2017-2022 n’enregistrait que 30 à 40 fermetures annuelles, la hausse amorcée en 2023 (78) et 2024 (90) se maintient à un niveau élevé avec 85 fermetures en 2025.

Les établissements touchés partagent des caractéristiques critiques :
-Une fragilité des projets récents : 48 % des fermetures concernent des commerces créés depuis 2017, et 38 % ont été ouverts après 2021 (souvent issus de reconversions professionnelles).
-Un profil économique modeste : La grande majorité des structures défaillantes présentaient un chiffre d’affaires inférieur à 200 000 €.
-Une spécialisation vulnérable : Les librairies spécialisées représentent désormais 40 % de ces disparitions.
Pour exemple, le manga est en baisse et romance en hausse.
Les librairies spécialisées dans le manga ont connu une explosion d’ouverture entre 2022 et 2024. Mais un cinquième ont fermé leurs portes.
Néanmoins les établissements spécialisés dans le romance fleurissent avec une vingtaine d’ouverture en 2025. Mais l’engouement se tasse en 2026.

La reprise comme rempart et le soutien des institutions

Dans ce contexte de tensions exacerbé par une hausse continue des charges fixes et un recul généralisé des ventes en valeur comme en volume (illustré par une baisse marquée de -6 % au premier trimestre 2026), les transmissions d’entreprises s’imposent comme le principal levier de résilience.

Avec 57 reprises en 2025, cette activité reste stable et conforme à sa moyenne historique de 55 à 65 transactions par an.
Le soutien institutionnel demeure indispensable pour préserver le maillage territorial.

En 2025, 31 % des créations (26 ouvertures) ont bénéficié d’aides financières : 8 soutenues directement par le CNL, 14 via les conventions territoriales, et 4 ayant cumulé ces dispositifs. Enfin, sur l’ensemble de l’année, le CNL a accompagné 55 projets d’investissement, dont 22 spécifiquement dédiés à la reprise de librairies existantes.
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