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Tribune Libre : IoT – Internet des objets, où en sommes-nous ? Où allons-nous ?

24 avril 2014 ·

philippe gros Internet des objets IDBOOX« Internet des objets », « Internet of Things » (IoT), les analystes prédisent l’explosion des usages, des dizaines de milliards d’objets connectés, des milliards de revenus à la clé et une révolution des marchés de l’Informatique et des télécoms. Qu’en est-il ?

Objets connectés, Kezako ?

Qu’est-ce qu’un « objet connecté » ? C’est un objet qui peut, soit recevoir des informations pour les traiter, soit émettre des informations qu’il a lui-même reçues ou collectées telles que, par exemple, des variables d’environnement comme la température, un changement d’état, un mouvement… Il est connecté via des moyens de télécommunications filaires ou hertziens à d’autres objets plus ou moins intelligents, une partie des informations transformées au fil des étapes pouvant rejoindre des serveurs de traitement centralisés. Notez, mon bon Monsieur Jourdain, que les objets connectés existent depuis fort longtemps.
Dans le monde industriel, on parle de M2M – Machine to Machine. Suivant son degré d’automatisation, une usine est constituée de multiples objets connectés, ainsi qu’une voiture ou plus encore, un avion, autant pour les échanges internes qu’avec le monde extérieur. Nos PC, téléphones, et autres tablettes sont des objets connectés et n’auraient qu’un usage très limité s’ils ne l’étaient pas !

Alors, où se situe la nouveauté ?

En premier lieu, la capacité de se connecter et d’émettre ou recevoir des informations est en train de s’étendre à tous les objets, oui, tous. Le pot de yaourt jetable, le luminaire urbain, les tee-shirts, les lunettes ou la cagette de légumes peuvent tous être équipés de capteurs et de transmetteurs, voire de processeurs. Tout n’est qu’affaire de miniaturisation, de source d’énergie et de coûts de fabrication et de fonctionnement. La tarification étant fonction du service rendu et du nombre d’utilisateurs directs ou indirects convaincus, on envisage des services à destination d’un marché de masse, voire du grand public où la rentabilité sera acquise par la généralisation d’un usage couplée à des tarifs d’autant plus réduits.
En outre, le web 2.0 ayant habitué l’utilisateur à être le propre acteur de ses nouveaux usages, le succès des solutions à base d’objets connectés sera au rendez-vous si on capte l’adhésion de l’utilisateur au moyen de services évolutifs, extensibles voire interopérables, quelques clés parmi d’autres permettant d’envisager une certaine fidélisation.

Archos-Home-Tablet-IDBOOX

Notre environnement devient intelligent

Aujourd’hui, sur le devant de la scène, on parle beaucoup de pèse-personnes, de brosses à dents, de lunettes type Google Glass, de dispositifs de coaching sportif, de Quantified Self et d’autres objets de bien-être et de confort, à usage personnel, consultables et pilotables à partir de son smartphone, les données n’étant, dans un premier temps, accessibles qu’à leur propriétaire.

Mais les sujets ne se limitent pas au domaine de l’utilisation personnelle, la collectivité n’est pas en reste. Notre environnement devient intelligent, depuis notre logement lui-même, puis les réseaux de distribution d’eau, de gaz ou d’électricité jusqu’à la ville entière dont l’éclairage urbain va réagir aux évènements et dont la circulation sera régulée dynamiquement, au niveau des transports collectifs ou individuels.

Bien d’autres sujets sont candidats : protection des biens et des personnes et télésurveillance ou maintien à domicile grâce aux « box » qui nous connectent tous ; actions pour l’environnement et l’agriculture au moyen de drônes qui cartographient les territoires ; animations culturelles et valorisation du patrimoine grâce à la géolocalisation qui, couplée à la réalité augmentée permet de visiter un lieu historique en le voyant tel qu’il était trois siècles auparavant. Enfin, le domaine de la santé suscite de grands espoirs que ce soit en matière de télédiagnostic, de suivi et de pilotage de traitements ou d’interventions chirurgicales assistées et même pilotées à distance.

Samsung Gear Fit

Ces technologies, on le constate, adressent tous les domaines de la vie, généralement dans l’objectif d’améliorer notre confort et notre bien-être individuel et collectif.
Un marché complémentaire se met déjà en place, le « big data », qui vise à l’analyse des volumes gigantesques de données générées afin d’y identifier les signaux faibles, d’en déduire les nouveaux usages et définir des services encore mieux adaptés aux besoins. Notre assureur, loin des Nouvelles Technologies, aimerait tellement mieux connaître nos habitudes de déplacement afin d’adapter, les tarifs de notre assurance automobile dans une logique « pay per use ».

A quand ce nouvel Eldorado ?

Face à cette infinité de possibles, ce marché va conduire de multiples acteurs publics et privés à se regrouper dans un écosystème polymorphe et évolutif, donc complexe.
Les enjeux économiques sont majeurs, en chiffres d’affaires, bien sûr, mais aussi en termes d’emplois et d’employabilité. C’est pourquoi ce domaine est un sujet stratégique sponsorisé par les pouvoirs publics français et soutenu par de nombreuses initiatives européennes et internationales.
A quand ce nouvel Eldorado ? On parle de maison intelligente et de domotique depuis des décennies. Les projets pilotes de smartgrid fleurissent afin d’aider à fiabiliser les réseaux de distribution électrique, y injecter les énergies renouvelables et réduire les pointes de consommation, mais ce sont encore, pour l’essentiel, des pilotes.
A quelques projets près, malgré le buzz et les multiples effets d’annonce, ce marché souffre d’un certain attentisme. Malgré l’omniprésence du sujet dans les discussions de salons et le volontarisme de quelques entreprises, leurs efforts, à l’image de Sisyphe, sont freinés par les acteurs qui se contentent d’attendre la manne promise.

Il est vrai que ce marché suscite encore de multiples interrogations. Il est certain que ce type d’innovation de rupture, va générer une révolution des modes de production et de commercialisation qui implique de remettre à plat les pratiques classiques et de sortir de sa zone de confort. C’est une révolution industrielle, mais ce n’est pas la première.
Comme on ne sait pas encore si ce marché permettra rapidement ou non une normalisation et une mutualisation des outils, des composants, des méthodes et des organisations, il est souhaitable que chaque nouveau service repose sur une modélisation propre dont le cycle de vie soit pensé de façon dynamique, non comme un cercle mais une forme d’hélicoïde, où chaque jalon vertical sera l’occasion de vérifier les hypothèses premières et de les adapter en les confrontant à la réalité.

Gestion des risques et anticipation

La clé réside dans la gestion des risques, que ces risques soient d’ordre technique, organisationnel, opérationnel, économique ou même règlementaire : Quel doit être le degré d’évolutivité de la solution ? Qui finance quoi et qui gagne quoi dans un modèle où de multiples acteurs doivent s’associer ? Comment dimensionner une solution dont on projette difficilement le rythme de déploiement en fonction de l’adhésion des utilisateurs ? Comment gérer la protection des données personnelles, ne faudrait-il envisager des niveaux de certification quant au « bon usage » de ces données ? Comment prendre en compte la normalisation qui se met en place ? Comment garantir le retour sur investissement ? Comment gérer un retour négatif de qualité de service ?…

Toutes ces questions doivent être formulées et évaluées dès qu’un nouveau service entre en phase de réflexion. Quelles seront ses exigences et les risques inhérents ? Elles doivent ensuite faire l’objet de réponses graduelles et proportionnées qui seront adaptées au fil de l’eau, en fonction des résultats de suivi.

Finalement, rien de nouveau sous le soleil, tout au plus une dynamique plus structurante qui implique d’avoir prévu et bien dimensionné sa capacité réactive de réponse.
Les bonnes vieilles pratiques du monde industriel peuvent être repensées et adaptées à cette dynamique mais remplacées quand c’est nécessaire. L’ensemble du projet relève d’une gestion industrielle du risque. Des outils existent, il faut en repenser les usages comme nous repensons ceux de ces objets maintenant connectés.


Contribution de Philippe Gros
: Ingénieur de formation, il a décidé de s’appuyer sur son expérience du « business development » dans le monde de Nouvelles Technologies de l’Informatique et des Communications pour participer pleinement à cette nouvelle Révolution Industrielle que constitue l’Internet des Objets.

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