Autoédition – Un auteur-entrepreneur, c’est quoi en fait ?

publier son livre a l ere numerique E Sutton ML Cahier

«Publier son livre à l’ère numérique : autoédition, maisons d’édition, solutions hybrides » vient de paraître au format papier et numérique.

Ce livre, co-écrit par Marie-Laure Cahier et Elizabeth Sutton a la particularité d’être édité simultanément et nativement en version papier par les Editions Eyrolles et en autoédition pour la version ebook par les auteures.

Publier son livre à l’ère numérique défend la thèse selon laquelle il ne faut pas opposer édition traditionnelle et édition indépendante, mais les réconcilier à travers de nouvelles formes de passerelles et de collaboration. Ce faisant, il trace les contours de ce que pourrait être l’auteur du XXIe siècle.

Marie-Laure Cahier et Elizabeth Sutton expliquent dans cette interview leur démarche éditoriale et leurs positions sur l’autoédition. 

Votre livre est paru le 7 janvier 2016, Publier son livre à l’ère numérique. Qu’est-ce qui vous a poussées à écrire ce livre ?

Marie-Laure Cahier : Le 3 mars 2015, nous étions à une conférence au Labo de l’édition intitulée : « L’auteur-entrepreneur est-il l’avenir du livre ? ». Auparavant nous avions travaillé ensemble dans le même groupe d’édition.

À l’occasion de ces retrouvailles, nous avons constaté que nous faisions un diagnostic commun : le numérique est entrain de faire bouger les lignes du monde du livre, de façon bien plus profonde que le seul niveau de ventes des ebooks en France ne pourrait le laisser penser. Le numérique a un impact évident sur la place, le rôle et l’articulation des différents acteurs de la chaîne du livre. Dans ce contexte, nous avions le sentiment que les auteurs, qui sont les acteurs les plus isolés du système, avaient besoin d’une boussole pour s’orienter dans ce monde en devenir. Notre livre se situe résolument du côté des auteurs.

Nous avons en outre des profils et des points de vue complémentaires : j’ai travaillé pendant 15 ans comme directrice éditoriale dans l’édition papier, tandis qu’Elizabeth est experte de la transformation de l’édition par le numérique non seulement pour les maisons d’édition, mais aussi pour les bibliothèques, les librairies et… les auteurs.

En abordant ce sujet, nous n’étions donc pas toujours d’accord. En explorant nos divergences, nous sommes parvenues – nous l’espérons – à faire un livre nuancé qui ne soit pas un miroir aux alouettes pour les auteurs et tous ceux qui souhaitent publier des écrits, mais qui donne à voir les nouveaux espaces de choix et de liberté. Ajoutons que nous sommes aujourd’hui des consultantes indépendantes et, en conséquence, nous ne défendons aucun opérateur particulier, ni aucun prestataire.

L’auteur-entrepreneur, c’est quoi en fait ?

Elizabeth Sutton : L’auteur-entrepreneur est celui qui crée, édite, diffuse, vend et promeut ses écrits, en utilisant toutes les ressources du numérique, en complément parfois d’autres ressources matérielles ou physiques. Il revendique des formes de liberté et se donne les moyens de faire connaître, de façon active et autonome, ses écrits à un public le plus large possible, en utilisant les possibilités offertes par l’autoédition et/ou le pouvoir des réseaux sociaux en matière de promotion.

Non seulement, l’auteur reste un créateur, mais il devient aussi entrepreneur dans la mesure où il définit sa stratégie, se préoccupe de commercialisation, de promotion, voire même de comptabilité.

En ce sens, cet ouvrage ne concerne pas que les auteurs indépendants mais tous les auteurs. Il leur donne des clés pour choisir leur mode de publication et mener à bien leur projet, que ce soit en autoédition, avec un éditeur classique ou via des solutions hybrides. Il laisse entrevoir la possibilité d’une recomposition des relations entre éditeur et auteur, même si cela n’a rien de simple.

Enfin, nous affirmons clairement qu’il ne sert à rien d’opposer édition et autoédition, comme on l’a trop souvent entendu, mais qu’il faut les concevoir ensemble comme une richesse pour la dynamique de la création, et donc au final pour le lecteur. Sans compter qu’il y a de plus en plus de ponts et de passerelles entre les deux univers.

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L’originalité de votre démarche, c’est que vous publiez à la fois la version imprimée de votre ouvrage chez un éditeur reconnu et la version numérique, seules, en autoédition…

Elizabeth Sutton : Effectivement, nous voulions que cet ouvrage soit un « démonstrateur » des nouveaux modes de collaboration possibles entre auteurs et éditeurs.

Nous avons voulu, dès l’origine, l’éditer sur un mode dual. Nous avons donc recherché un éditeur reconnu qui accepte, d’une part, de publier l’ouvrage au format papier et, d’autre part, de nous laisser les droits numériques pour que nous puissions les exploiter nous-mêmes en autoédition numérique. Il ne s’agit pas de la « récupération » par un éditeur d’un livre d’abord autoédité en numérique et qui serait ensuite publié en papier et ebook. Il s’agit d’une décision éditoriale prise en commun dès l’origine du projet, et d’une collaboration aux différentes étapes du processus.

Sortent donc simultanément un livre imprimé avec la marque de l’éditeur et un ebook autoédité. Ils ne sont « ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre ». Autrement dit, ce ne sont pas des livres tout à fait homothétiques comme le sont habituellement le livre papier et l’ebook émanant du même éditeur. La maquette intérieure, par exemple, en est différentes. Le livre numérique est dynamique, c’est-à-dire qu’il peut être réactualisé rapidement (et il l’est déjà marginalement par rapport à la version imprimée).

Le livre imprimé est disponible en librairies et e-librairies sur tout le territoire français et à l’export. L’ebook est proposé sur les principales plateformes numériques. L’éditeur a la liberté de son prix de vente, les autoédités également. Chaque format a ses vertus et ses limites. Chacun conserve les recettes de son mode d’exploitation.

Nous tenons ici à remercier notre éditeur qui s’est passionné pour cette expérience et dont la décision de nous publier n’avait rien d’évident. La coordination entre les deux processus vient forcément bouleverser les habitudes et procédures de la maison d’édition, et côté autoédité, la liberté de l’auteur s’en trouve un peu réduite.

Bien entendu, il s’agit d’une expérimentation et celle-ci n’est pas forcément reproductible, encore moins généralisable. Nous avons l’espoir que chaque partie bénéficiera de l’action de l’autre, et tout au moins avons-nous la certitude que chaque partie tirera des enseignements utiles de l’expérience.

Il y a quand même des auteurs qui expriment une vision assez critique des maisons d’édition dans ce livre ?

Marie-Laure Cahier : Il y a des témoignages d’auteurs dont certains sont critiques et d’autres positifs à l’égard des éditeurs. C’est en quoi je vous disais que le livre est équilibré. Que certains auteurs puissent être déçus des services de leur maison d’édition, quoi de plus naturel !

Il m’arrive aussi d’être déçu(e) des services de mon opérateur téléphonique ou de mon fournisseur d’accès à Internet et d’en changer. C’est le jeu de la concurrence et aujourd’hui, cette concurrence est plus ouverte. Si les professionnels de l’édition peuvent entendre ces critiques et en tirer profit pour s’améliorer, c’est une chance.

Nous montrons aussi parallèlement que ce n’est pas aussi facile qu’on le dit de s’autoéditer (on vient de l’expérimenter personnellement !), que c’est un parcours semé d’embûches et, parfois aussi, de désillusions. Il n’y a pas de one best way, mais il y a plusieurs chemins qui ont chacun leur logique.

Publier son livre à l’ère numérique est disponible en version Papier et ebook dans toutes les librairies en France et à l’international

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