Trois ans après le succès de l’exposition Sculpter l’époque au musée Zadkine, l’œuvre de Chana Orloff retrouve l’intimité vibrante de son lieu de création.
La nouvelle exposition, intitulée « Guerre & Paix », se déploie dans l’atelier de l’artiste, un espace conçu par l’architecte Auguste Perret.

Ce lieu, porte encore l’empreinte indélébile de sa vie et de son génie. (Lire notre article sur la précédente exposition ici).

Un lieu chargé d’histoire et d’émotions
Pénétrer dans cet atelier de la Villa Seurat, c’est ouvrir une « parenthèse forte ».
Ce cadre si particulier, où la lumière caresse le plâtre et le bronze, offre une expérience empreinte de volupté et de force.
C’est ici que Chana Orloff a vécu, créé, mais aussi subi les outrages de l’Histoire. L’atelier fut pillé sous l’Occupation. Sur les 146 sculptures spoliées, seules quatre furent retrouvées à son retour d’exil.
Cette empreinte du passé confère aux œuvres une résonance unique. Elle transforme la visite en un questionnement profond face à l’époque que nous traversons.

Une vie en miroir de nos propres tourmentes
L’existence de Chana Orloff (1888-1968) semble faire écho aux bruits du monde actuel. De sa naissance en Ukraine à son installation en Israël, en passant par son ascension à Paris, elle traversa les massacres, les exodes et les « bruits de bottes ».

Son parcours est jalonné de deuils — celui de son mari Ary Justman en 1919 et de son ami Georges Kars en 1945 — mais aussi de l’horreur de la Shoah et des guerres israélo-arabes.
Pourtant, la sculpture fut son rempart. À travers son art, elle a traduit l’angoisse en sérénité et l’effroi en espoir, portée par des « repères lumineux » : son fils Didi, sa famille et la création de l’État d’Israël.

Le parcours de l’exposition : trois séquences de vie
La mezzanine de l’atelier, réaménagée pour l’occasion, accueille un parcours construit autour de trois moments clés, illustrés par des sculptures, des gravures et des dessins préparatoires rarement montrés.

1914 – 1918 : L’angoisse – Premiers bouleversements.
Arrivée à Paris pour apprendre la couture avant de se tourner vers la sculpture, Chana voit ses débuts marqués par la Grande Guerre.
Ses premières œuvres capturent déjà la tension et la violence des temps.

1939 – 1945 : L’effroi – Exil et reconstruction
Cette séquence évoque la fuite en Suisse en 1942 pour échapper à la rafle du Vel d’Hiv et le traumatisme de la spoliation de l’atelier.
C’est le temps de la « matière tourmentée », où ses formes autrefois lisses se chargent d’une douleur expressive.

Après-guerre : L’espoir – Mémoire et engagement
Entre Paris et Israël, Chana affirme son désir de paix à travers des commandes publiques monumentales (comme la Maternité du kibboutz Ein Gev) et son œuvre emblématique Guerre et Paix, qui donne son nom à l’exposition.

Trois belles histoires à propos de Chana Orloff
On remarquera parmi les œuvres sublimes, cette Maternité. Au moment de son départ, fuiyant les nazis, elle confia cette œuvre à une amie. Ayant perdu le contact, ses descendants l’ont restituée à la famille de Chana, il y a cinq ans à peine.
Pendant la guerre et sa fuite avec son fils Didi, Chana Orloff continue à travailler. Elle créa une quarantaine de « sculptures de poche » qu’elle cachait et vendait aux amateurs pour survivre.
Enfin, Véritable ange gardien, Eric Justman préserve désormais l’âme de l’atelier de sa grand-mère.
Redécouvrir Chana Orloff dans le silence et la majesté de son atelier est un privilège rare.
Ses œuvres, qu’il s’agisse de ses portraits psychologiques ou de son bestiaire symbolique nous rappellent que l’art est le langage ultime pour transmettre l’émotion là où les mots échouent.
Ouverture : vendredi, samedi, dimanche sur réservation jusqu’au 28 juin 2026.
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