C’est une onde de choc, mercredi soir, 115 auteurs de la prestigieuse maison d’édition Grasset ont annoncé, dans une lettre collective, leur décision de ne plus publier chez l’éditeur.
Ce départ massif fait suite au limogeage d’Olivier Nora, figure tutélaire de la maison depuis 26 ans.

La fin d’une ère : le départ d’Olivier Nora
L’étincelle qui a mis le feu aux poudres est le départ brutal d’Olivier Nora, PDG historique de Grasset.
Officiellement, les deux parties auraient constaté un « désaccord stratégique » concernant le calendrier de publication d’un ouvrage sensible.
Officieusement, pour les auteurs, il s’agit d’un licenciement pur et simple, qui marque une reprise en main directe par le groupe Hachette, désormais sous le contrôle total du milliardaire Vincent Bolloré.
Pour le remplacer, c’est Jean-Christophe Thiery, un homme de confiance de Vincent Bolloré, qui a été nommé.
Un signal interprété par beaucoup comme la fin de l’exception culturelle et de l’indépendance éditoriale qui faisaient l’ADN de la « maison jaune ».
Un collectif de « poids lourds »
La liste des signataires est impressionnante et traverse tout le spectre littéraire. Parmi les 115 frondeurs, on retrouve des noms qui font la gloire de la maison d’édition.
Citons par exemple, Bernard-Henri Lévy, Frédéric Beigbeder, Colombe Schneck..
Dans leur lettre ouverte, ils affirment d’une voix commune :
« Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset… mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset. Nous refusons d’être les otages d’une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture. »
Le spectre de la « Bollorisation »
Pour ces écrivains, ce n’est pas seulement un changement de direction, c’est un combat pour la liberté de création.
Le précédent de la transformation de CNews, d’Europe 1, du JDD ou plus récemment des éditions Fayard (avec l’arrivée de Lise Boëll) hante les esprits.
Les auteurs craignent que Grasset ne devienne une pièce de plus sur l’échiquier idéologique du milliardaire breton.
En quittant le navire, ces 115 auteurs ne font pas qu’un geste symbolique : ils frappent là où cela fait mal, au cœur du chiffre d’affaires. Sans ses plumes stars, Grasset perd sa substance et sa crédibilité intellectuelle.
Une pétition inédite
Plusieurs personnalités du livre ont mis en ligne une pétition. Ce texte dénonce le licenciement brutal d’Olivier Nora de la direction de Grasset par le groupe de Vincent Bolloré.
Pour les professionnels du livre, c’est une offensive idéologique sans précédent. Les éditeurs s’inquiètent d’une atteinte grave à la liberté de création et à la diversité éditoriale, piliers essentiels de la vie démocratique.
Parmi les nombreux signataires il y a : Antoine Gallimard (Éditions Gallimard). Françoise Nyssen (Actes Sud). . Sophie de Closets (Éditions Flammarion). Arnaud Nourry (ancien PDG d’Hachette Livre).
Un Festival du Livre sous tension
Cette annonce intervient alors que s’ouvre le Festival du Livre de Paris. L’ambiance promet d’y être électrique.
Alors que certains prédisent une “fuite des cerveaux” vers des maisons indépendantes comme Gallimard, Le Seuil ou Actes Sud, une question demeure : l’édition française peut-elle résister à la concentration industrielle sans y perdre son âme ?
Pour les 115 de Grasset, le divorce semble consommé.
Clause de conscience ?
Dans un email envoyé à la rédaction Maître Alexandre Lazarègue explique qu’il n’existe pas de clause de conscience pour les auteurs comme pour les journalistes. Toutefois, il existe une issue poursuit-il : “La résiliation suppose de démontrer une atteinte concrète et grave à l’œuvre, à la réputation ou aux droits de l’auteur. Un désaccord idéologique sur la composition d’un catalogue ne suffit pas.
Il reviendra à l’auteur d’établir que le décalage entre son identité intellectuelle et les publications du groupe auquel il est rattaché altère la perception de son œuvre et crée un risque de confusion.”
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