Deux secondes avant l’éternité : le roman qui défie l’IA – Interview de Jean-Marie Bramaud du Boucheron

Pour fêter ses 98 ans, la librairie Tschann publie pour la première fois, un roman. 

Deux secondes avant l’Éternité de Jean-Marie Bramaud du Boucheron, est une fable dystopique et philosophique, qui interpelle. Dans ce livre, l’Humanité s’efface devant le culte du tout-numérique et des algorithmes.

Dans ce Métamonde sous haute surveillance, les hommes ont été remplacés par les « Alias », des doubles numériques froids et efficients.

Deux secondes avant l'éternité interview

Nevil, Directeur de l’Intelligence Numérique et dissident de l’ombre, y survit guidé par la mémoire de la philosophie et de la beauté perdue.

Entre complots politiques, terrorisme et trafic de drogues de l’Oubli, il cherche à préserver ce qu’il reste de notre espèce.

Porté par une atmosphère noire et poétique ainsi qu’un rythme haletant, ce roman offre une réflexion vertigineuse et d’une brûlante actualité sur l’IA, la perte du langage et le contrôle social. Une lecture étonnante et terriblement lucide.

L’auteur, s’est prêté au jeu des questions réponses pour nous en dire plus sur son roman.

Jean-Marie Bramaud du Boucheron, votre livre germait dans votre esprit depuis longtemps ? Pourquoi le publier maintenant ?

Oui j’y pensais depuis longtemps car je percevais de plus en plus l’inéluctabilité de la numérisation de notre monde et je me doutais que ce livre serait pleine cible dans l’actualité. J’ai mis deux ans à l’écrire.

Les éditeurs renâclaient à le publier, ils le cataloguaient de Science-Fiction sans l’avoir lu. Les nombreux échanges que nous avons eus avec le Directeur de Tschan, Yannick Poirier, ont permis à Yannick de voir dans le livre et dans l’histoire de son héros Nevil le côté inéluctable de l’avenir numérique de l’humanité.
D’ailleurs, le titre reflète à cet égard cet avenir déjà actuel.

Si vous deviez donner envie à un ami de lire votre livre que lui diriez-vous ?

Je lui dirais : C’est un roman allégorique qui raconte comment un Directeur du Renseignement Numérique se trouve confronté aux terroristes, aux hackers, aux Alias, dirigeants entièrement déshumanisés au profit d’un fonctionnement algorithmique, dans une atmosphère d’”inespoir”.

Vous décrivez la transition numérique comme un suicide collectif. En opposant la « Vérité humaine » à « l’Exactitude » des machines, votre roman reflète-t-il vos propres craintes face aux IA ?

D’abord, Les Alias ne sont pas des « machines », mais des humains déshumanisés numérisés et l’Exactitude ne vient que des algorithmes.

Ensuite, non, ce livre ne décrit pas un suicide collectif mais un mouvement irréversible des Parlants et de leur technologie dont il est absolument vain d’en avoir peur ; rien n’arrêtera le développement d’une telle technologie car elle porte en elle-même une puissance qui fascine les humains.

Nevil, le héros du livre demeure un Parlant qui pense par lui-même, parle, désire, essaye de trouver des solutions réfléchies aux problèmes causés par les évènements dans sa vie professionnelle et dans un environnement numériquement hostile.. Face à lui, les Alias qui ont le pouvoir ne fonctionnent eux que par les algorithmes qui gèrent toutes leurs décisions.

Qu’est-ce que cet « Alias » que vous définissez par une formule, et qu’est-ce qui, selon vous, restera à jamais impossible à numériser chez l’être humain ?

Un Alias est la dégénérescence d’un Parlant qui a définitivement perdu le Langage, le désir, les rêves et la pensée .
Ce n’est pas une machine ni un robot mais un humain que l’on rencontre partout, dans tous les milieux, qui est irréversiblement aliéné au numérique de sa pseudo-vie.

Jean-Marie Bramaud du Boucheron

Votre univers oppose les élites au « Marais », plongé dans une boue linguistique. La fracture numérique est-elle devenue une fracture biologique et cognitive ?

Il n’y a pas de fracture numérique, que ce soit les Élites ou les Gibbers, tous restent conditionnés par les algorithmes. L’écart entre Élites, Parlants et Gibbers est de l’ordre de la dégénérescence humaine.

Entre les terroristes qui sabotent les serveurs et le Loto qui efface la mémoire, faut-il aujourd’hui devenir un luddiste ou céder à l’amnésie volontaire pour survivre ?

Il n’y a pas d’amnésie volontaire, l’oubli vient dans les ruptures de transmission sans qu’on le sollicite. Et dans nos sociétés numériques et carcérales, il ne reste que les lignes de fuites pour se sauver et chacun la sienne s’il peut la trouver.

Votre héros Nevil collabore à la virtualisation le jour et lit de la philosophie la nuit avant de devoir mener l’opération « Fin de mission » : n’est-il pas le reflet de notre propre hypocrisie face aux géants de la Tech ?

On ne peut transformer une puissance technologique en critère moral. Il n’y a aucune hypocrisie à trouver une tangente pour se sauver !
Une puissance technologique telle que l’IA, n’a aucune morale ni éthique, elle s’impose à tous qu’on le veuille ou non; libres à ceux qui veulent jouer au Don Quichotte !

Entre dérive des IA, amnésie et perte de repères, votre roman « Deux secondes avant l’Éternité » est-il un simple récit d’anticipation ou un signal d’alarme urgent ? Que diriez-vous à George Orwell ?

Ce roman n’est ni une anticipation ni un signal d’alarme, c’est uniquement un constat de notre actuel et chacun fait comme il peut et non comme il veut.
Et je dirais à Orwell : Georges, nous y sommes, voilà la suite…

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info : Jean-Marie Bramaud du Boucheron vous donne rendez-vous le 14 novembre à 19h30 à la librairie Tschann. Deux comédiens lecteurs liront des extraits de son roman. 
Envie de lire ? Consultez nos chroniques et interviews ici. 

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