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Tribune libre – Ebooks : Pourquoi les liseuses m’ont déçu !

28 octobre 2013 ·

Lorenzo Soccavo j aime pas les liseuses ebooks IDBOOXLorenzo Soccavo, l’auteur de « Gutenberg 2.0» publié en 2007 a craqué et explique dans cette première tribune libre, pourquoi aujourd’hui les liseuses de livres numériques le déçoivent tant….

 



J’estime ne pas pouvoir être accusé de préjugés négatifs à l’encontre de ce que l’on appelle aujourd’hui couramment des « liseuses ». En 2007 j’ai publié grâce à Malo Girod de l’Ain à feues les éditions M21 le premier ouvrage en français qui a alors contribué à faire connaître la technologie de l’encre et du papier électroniques, et ce que l’on appelait alors des « e-readers ». Le terme, affreux, au moins était clair. Dès lors qu’a été lancé ce vocable trompeur de « liseuse » j’ai été contre. Fortement connoté il donnait un véritable blanc-seing aux industriels. J’estime aujourd’hui que l’avenir m’a donné raison.

Avant je n’étais pas un fétichiste du livre. Je le suis presque devenu depuis 2007, progressivement, en lisant sur « liseuses ». J’ai lentement pris conscience de ce qui n’était jusqu’alors qu’instinctif dans mes comportements de lecteur : soupeser le livre, évaluer au regard, au feuilletage rapide des pages l’adéquation du contenu avec mon désir de lecteur et le temps de plaisir qu’il allait me procurer, suspendre régulièrement ma lecture de courtes pauses pour regarder de nouveau la couverture, harmoniser à sa couleur celle du marque-pages (j’accorde peu d’importance à ce que représente un marque-page mais je suis toujours sensible à sa palette de couleurs), et, eh oui, le renifler, régulièrement, comme un animal flaire une piste.

«Ces écrans vitreux qui reflètent mon visage et gardent les marques de mes doigts»

Ce que je reproche aux « liseuses » aujourd’hui ce n’est pas seulement de me priver de ces repères, je pourrais m’adapter, mais c’est d’être trop légères et difficilement saisissables, avec toujours le risque de générer je ne sais trop quelles actions involontaires en effleurant leur écran tactile, de ne pas me permettre de les prendre franchement en main. Je leur reproche de m’imposer du texte en noir peu soutenu sur un fond gris — merci pour le confort de lecture ! personnellement à force cela me fatigue les yeux presque autant qu’un rétroéclairage, et d’ailleurs je leur reproche aussi d’avoir intégré un éclairage, d’avoir voulu mimer les tablettes internet en introduisant l’écran tactile, ces écrans vitreux qui reflètent mon visage et gardent les marques de mes doigts. Je leur reproche de m’imposer des textes sans marge, avec parfois des présentations qui accrochent le regard et cassent le cheminement de la lecture. Et d’avoir des bugs et de devoir être rechargées comme de vulgaires smartphones.
Ces imparfaites machines à lire n’ont pour moi qu’un seul avantage : le fait de présenter une unique page indéfiniment réinscriptible. Elles sont des bibliothèques portables et… connectées. Mais la belle affaire ! Je n’ai pas activé le wifi de la mienne n’étant déjà que trop asservi aux machines connectées.

Un « substitut phallique de ces gadgets électroniques »

Depuis 2007 j’utilisais une tablette iLiad (ne la cherchez pas son fabricant a mis la clef sous la porte en 2010) non-tactile, et parfaite avec son poids, sa bonne prise en main, sa barrette latérale pour tourner les pages d’un geste naturel du pouce. Mais voilà donc que pour mon malheur j’ai été contraint cet été de faire l’acquisition d’une nouvelle « liseuse » pour pouvoir lire des livres au format epub. Et depuis je suis vraiment déçu. Peu importe la marque. Je suis suffisamment informé et j’en ai eu suffisamment entre les mains pour savoir qu’elles se valent toutes plus ou moins. C’est comme les dentifrices. Vous avez le choix entre des dizaines et des dizaines de tubes, celui qui renforce l’émail et donne bonne haleine, celui qui blanchit les dents et contient des “microsphères actives” (sic), etc., mais si vous voulez des dents blanches et une haleine fraîche et un émail renforcé, couic ! Vous êtes trop exigeant.

J’ai l’impression de m’être fait avoir cet été.

Clairement, de 2007 à 2013 les « liseuses » ne se sont pas améliorées.
Les fabricants ne considèrent les lecteurs que comme des consommateurs.
En tous cas le design, l’ergonomie et l’affordance de ces choses sont de moins en moins en accord avec ma sensibilité de lecteur.
Aussi, après avoir écrit le livre que j’ai écrit en 2007 j’ai pensé qu’il était aujourd’hui de mon devoir moral de contrebalancer les envolées technophiles d’un petit nombre qui parlent haut et fort sur le web francophone et enfument les lecteurs, juste, pour certains, pour essayer de gagner quelques petits sous avec l’édition numérique, ou se donner l’impression d’être prescripteur.

A considérer les manières qu’ont certains d’entre eux à manipuler ces choses-là en public, à se vanter de leur possession, à en publier même des photos sur le web, l’on pourrait s’interroger sur le caractère de substitut phallique de ces gadgets électroniques.
Certes, et ce pourrait être ma devise : l’avenir du livre ne peut pas être son passé. Je le répète suffisamment partout ! Mais pour l’heure le meilleur dispositif de lecture reste cependant pour moi le livre imprimé.
Des tablettes d’argile aux tablettes de plastique avec écrans de verre le progrès est grand, mais la perfection encore loin. Il y a entre ces « liseuses » et les interfaces sur lesquelles nous lirons à la fin du 21e siècle la même différence qu’entre les premiers gramophones des années 1890 et les baladeurs numériques apparus un siècle plus tard.
Qu’on se le dise : l’élan initié dans les années 1990 au MIT avec le développement de l’encre et du papier électroniques a sombré dans le maquignonnage. Dans notre société certains arriveraient à vendre des œillères à des chevaux ! N’est-ce pas là ce que certains font d’ailleurs, en vendant ces prétendues « liseuses » à des lecteurs ?

Si vous aussi vous avez un coup de gueule ou tout simplement envie de vous exprimer sur les ebooks, le piratage, les DRM, l’impact des appareils mobiles et tous les sujets liés à la lecture numérique, vous pouvez soumettre votre tribune à tribunelibre [@] idboox.com.

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