Entretien avec Jodi Taylor : les dessous des Chroniques de St Mary et de La Police du temps

Tous les ans au mois de mai, le festival Les Imaginales – autour des littératures de l’imaginaire – s’installe à Épinal et accueille des auteurs et autrices de tout horizon. 

Cette année, les éditions Hervé Chopin et le festival ont invité Jodi Taylor à venir rencontrer les lecteurs pour des conférences et dédicaces.

Autrice britannique, Jodi s’est fait connaître avec la formidable série Les Chroniques de St Mary (nos chroniques), où Histoire (et histoires) et voyages dans le temps vont de pair.

Pour l’arrivée en version française de son spin-off (saga dérivée) La Police du Temps (lire la chronique du premier tome) d’être édité en version française. A l’occasion de la sortie du deuxième tome, Les Temps changent, nous avons eu la chance de pouvoir lui poser des questions.
La police du temps jodi taylor.

À travers toute la saga de St Mary et maintenant avec La Police du temps nous voyageons à travers énormément d’époques et d’événements historiques. Quel degré de liberté vous autorisez-vous quand vous écrivez sur une époque historique ? Combien de temps de recherche vous prend chaque roman ? Comment choisissez-vous les époques visitées, avez-vous une liste établie ?

Il peut m’arriver de réinterpréter certains événements pour les besoins de l’intrigue, mais je ne modifie jamais les faits. Par exemple, je ne pourrais jamais imaginer que les Saxons remportent la bataille d’Hastings, ni que Jeanne d’Arc ne soit pas brûlée sur le bûcher.

Je fais énormément de recherches pour chaque événement – bien plus que ce qui est réellement nécessaire – et je me perds dans les méandres d’Internet dès que je tombe sur quelque chose qui m’intéresse. Après m’être documentée sur le sujet, je décide où et comment je vais placer mes personnages, et ce qui leur arrivera une fois sur place. Je dessine des cartes et des schémas que j’affiche sur les murs, et je me retrouve généralement immergée dans une mer de papier au fur et à mesure que j’écris.

Cela dit, je n’utilise pas la plupart de ces documents. Je dois me rappeler que j’écris une histoire et non un manuel scolaire ; certes, la manière dont on obtient la teinture pourpre est fascinante – et révoltante –, mais ce n’est pas vraiment nécessaire à l’histoire, n’est-ce pas !

Quand j’ai commencé à écrire, j’ai simplement choisi mes périodes historiques préférées et j’ai essayé de les varier autant que possible, mais j’ai bien peur que la passion de Max pour le monde antique ne commence à s’immiscer dans mon travail. Parfois, je dois me montrer assez stricte avec moi-même.

Jodi Taylor

La Police du temps comme St Mary, met en scène des personnages qui ont tout des anti héros, ce qui apporte beaucoup d’humour et amène forcément le lecteur à s’attacher aux personnages. Est-ce quelque chose qui vous tenait à cœur d’explorer à nouveau dans la Police du temps ?

Oui, c’est vrai. Un jour, alors que j’écrivais une histoire sur St Mary, je me suis soudain demandée : « À quel point sont-ils agaçants chez St Mary pour ces agents de la Police du Temps qui travaillent d’arrache-pied ? » Je me suis donc mis à en faire des personnages assez désagréables. Je voulais que mes lecteurs les voient du point de vue de ceux de St Mary.

Ensuite, je me suis lancée le défi de les réhabiliter et de présenter les événements de leur point de vue.

Car il ne fait aucun doute qu’ils ont énormément souffert pendant les Guerres du Temps – qu’ils ont bel et bien sauvé la situation – et qu’ils doivent ensuite composer avec ces imbéciles imbibés de thé de St Mary qui sèment le chaos partout où ils passent.

Je suis toujours extrêmement ravie lorsque des lecteurs m’écrivent pour me dire qu’ils préfèrent la Police du Temps à St Mary, et j’ai beaucoup de plaisir à les dépeindre tour à tour comme les gentils et les méchants.

Aviez-vous toujours prévu d’écrire sur la Police du Temps et d’en faire une série spin-off ou cela s’est imposé à vous car vous n’aviez pas fini d’explorer cet univers? Savez-vous déjà combien de tomes vous prévoyez ? Avez-vous déjà la fin en tête ?

Ca fait beaucoup de questions ! Je crois que j’étais au 6e ou 7e tome des Chroniques de St Mary quand j’ai commencé à réfléchir à La Police du temps.

Je me suis dit que cela pourrait être assez amusant d’écrire des histoires en adoptant un point de vue opposé.

Et oui, je sais déjà comment cela va se terminer… J’aime savoir comment mes histoires vont se terminer, cela me facilite grandement l’écriture. Il ne me reste plus qu’à mettre en place tous les éléments et à laisser mes personnages y parvenir.

Si vous aviez la possibilité de faire revenir Max, Matthew et toute la troupe de nouveau au même endroit, même si cela est techniquement interdit, quelle période aimeriez vous pouvoir réécrire ? Y a t’il une époque que vous avez particulièrement aimé écrire et aimeriez explorer davantage ? La police du temps vous offre cette opportunité avec de nouveaux personnages.

En parlant de réécrire, vous voulez dire « revisiter » ou « changer » ? Mon époque et lieu préféré, c’est Troie.

Voilà une idée : ne serait-ce pas amusant si quelqu’un changeait quelque chose quelque part, et que Troie battait les Grecs au lieu de l’inverse ? Quel chaos s’en suivrait ? Et là, la Police du temps devrait tout remettre en ordre… tout en rejetant la faute sur St Mary, bien sûr ! Et St Mary serait presque irréprochable. Presque.

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Ces dernières années, nous avons vu une explosion du genre de la fantasy et de la romance et le lectorat s’est largement agrandi, notamment grâce au partage sur les réseaux sociaux. De nombreuses autrices très talentueuses sont aussi apparues dans le paysage et leur talent est enfin reconnu alors que la SF a longtemps été dénigrée comme un sous genre ou un genre « masculin ». Est-ce que vous, qui écrivez depuis longtemps de la SF, ressentez une différence dans le paysage littéraire du genre en tant qu’autrice ?

Oui, je pense. D’ailleurs, quand j’ai commencé, j’ai sérieusement envisagé d’écrire « en tant qu’homme ». J’avais même imaginé quelques prénoms « masculins » : Dirk Thrust était mon préféré, un prénom qui me plaisait tellement que j’en ai fait un personnage ; il apparaît dans la nouvelle de Noël de cette année.

La science-fiction était considérée comme un genre masculin. L’accent était mis sur la science, plutôt que sur la fiction.

De nos jours, je trouve que la fiction a quelque peu pris le pas sur la science, ce qui est une bonne chose car cela a encouragé davantage de femmes à lire ce genre.

Celui-ci s’est d’ailleurs considérablement développé avec l’apparition de la romantasy. Il y a de très bonnes œuvres qui sortent ces derniers temps. Après avoir commencé à écrire, je n’ai plus lu de science-fiction pendant longtemps. Surtout pas de romans sur le voyage dans le temps.

Je crois que j’avais peur d’utiliser par inadvertance les intrigues de quelqu’un d’autre ou – pire encore – de découvrir que quelqu’un avait déjà écrit l’histoire sur laquelle je travaillais et l’avait fait bien mieux que je n’aurais pu le faire. Je me suis un peu détendue depuis et j’apprécie vraiment de pouvoir découvrir d’excellentes histoires de SF.

Quels sont vos dernières lectures / vos derniers coups de cœur littéraires ?

En ce moment, je lis la série Shadow of the Leviathan de Robert Jackson Bennett ; The Tainted Cup et Drop of Corruption sont vraiment géniaux.

J’ai aussi beaucoup apprécié This Kingdom Will Not Kill Me de Ilona Andrews ; et la série des Orkneyinga Murders de Lexie Conyngham à commencer par Tomb for an Eagle.
N’importe quel roman de Terry Pratchett, bien sûr. Conclave de Robert Harris. Je relis Le Seigneur des Anneaux, que j’ai lu pour la première fois il y a cinquante ans et vers lequel je retourne régulièrement.

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Tous mes remerciements à Jodi pour le temps qu’elle nous a accordé, à Estelle pour avoir rendu l’entretien possible, sans oublier mon amie Aude, grande admiratrice de l’autrice, pour son aide et sans qui mes questions auraient manqué de saveur.

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